Afrique : « N’endormez pas la jeunesse… », Ibrahim Traoré interpelle les leaders religieux

Le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a appelé les jeunes à travailler, à rechercher la connaissance et à contribuer au développement de leur communauté. Il a également invité les responsables religieux à ne pas encourager l’attentisme au nom de la foi.

« Je tenais donc à m’excuser pour ce que je vais dire. À demander pardon à tous les croyants : pardonnez-moi pour ce que je vais dire. À tous les athées, pardonnez-moi également pour ce que je vais dire », a déclaré le capitaine Ibrahim Traoré.

Le chef de l’État burkinabè s’exprimait le vendredi 4 septembre 2026, à Ouagadougou, à l’occasion de la célébration de la Journée de l’excellence scolaire 2026. L’événement a réuni des officiers, des responsables politiques, des acteurs de la société civile ainsi que de nombreux jeunes.

Devant cette assemblée, le président burkinabè a livré un message consacré à la responsabilité individuelle, au travail et à l’engagement patriotique. Il a notamment dénoncé certaines interprétations de la religion susceptibles, selon lui, d’encourager les jeunes à attendre passivement une intervention divine.

« Il n’y a pas de sujet tabou »

Conscient du caractère sensible de son intervention, Ibrahim Traoré a invité son auditoire à écouter son message sans esquiver les sujets difficiles.

« Le sujet peut être sensible, c’est ce qu’on a l’habitude de dire. Le sujet est sensible, n’en parlons pas. Mais on a passé le temps à dire que le Noir n’est qu’émotion et nous sommes en train de mettre les émotions au-dessus de tout. Il n’y a pas de sujet sensible, il n’y a pas de sujet tabou », a-t-il déclaré.

Poursuivant son propos, le président burkinabè a expliqué qu’il se considérait investi d’une responsabilité particulière envers la jeunesse.

« Moi, j’ai une mission. Et si je ne vous transmets pas ce message, à vous les jeunes, j’aurai trahi ma mission. Je suis obligé de vous transmettre ce message », a-t-il affirmé.

Il a ensuite appelé les jeunes à changer de mentalité et à s’engager davantage au service de leur pays.

« Je veux que vous, les jeunes, compreniez le message, que vous changiez de paradigme, que vous aimiez votre patrie et que vous travailliez pour votre patrie », a-t-il insisté.

La foi et la responsabilité

Abordant la question religieuse, Ibrahim Traoré a tenu à préciser qu’il ne rejetait pas la foi en Dieu.

« Moi, je crois en Dieu. Je crois en un Dieu qui a créé ce monde », a-t-il déclaré, avant d’évoquer la complexité de l’ADN et les interrogations scientifiques liées à l’apparition de la vie.

Toutefois, le président burkinabè a distingué la foi religieuse de certaines pratiques ou interprétations qu’il juge préjudiciables à l’épanouissement de la jeunesse.

« Mais croire en Dieu ne veut pas forcément dire accepter ce que nous faisons aujourd’hui. Je veux parler des religions : la mauvaise compréhension des religions et le mauvais enseignement des religions », a-t-il déclaré.

Il a également dénoncé l’utilisation de la religion à des fins politiques ou de domination.

« Il y a aussi l’utilisation des religions à des fins perfides, à des fins politiques et à des fins de domination. Il faut que vous soyez lucides, vous les jeunes », a-t-il lancé.

« Dieu ne viendra pas vous donner ce que vous voulez »

Pour le chef de l’État burkinabè, la foi ne devrait pas conduire à l’inaction. Il a exhorté les jeunes à utiliser leurs capacités pour se rendre utiles à leur famille et à leur communauté.

« Dieu ne viendra pas vous donner ce que vous voulez. S’il vous a créés avec un cerveau et des membres, c’est pour que vous puissiez les exploiter afin d’être utiles à vous-mêmes, à votre famille et à votre communauté », a-t-il déclaré.

Il a également insisté sur la nécessité de poursuivre la formation et de développer continuellement ses connaissances.

« La recherche de la connaissance doit être permanente. Si quelqu’un vous dit de vous asseoir et d’attendre un miracle de Dieu, c’est faux : il vous trompe », a-t-il averti.

À l’adresse des jeunes, il a ajouté :

« Persévérez, perfectionnez-vous, cherchez la connaissance. Est-ce que vous me comprenez ? »

La référence à Jomo Kenyatta

Dans son allocution, Ibrahim Traoré a également cité l’ancien dirigeant kényan Jomo Kenyatta, à qui il attribue une déclaration sur la colonisation et la religion.

« Quand les Blancs sont arrivés, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Et lorsque nous avons ouvert les yeux, les Blancs avaient les terres et nous, nous avions la Bible », a-t-il rapporté.

Le président burkinabè a invité son auditoire à ne pas se limiter à répéter les citations, mais à en comprendre la portée.

« Ne lisons pas seulement les citations ; comprenons la portée des messages », a-t-il déclaré.

Un appel aux responsables religieux

S’adressant directement aux prêtres, imams, pasteurs et autres responsables religieux, Ibrahim Traoré leur a demandé d’encourager les jeunes à travailler et à prendre leurs responsabilités.

« Certains guides religieux vous diront de vous asseoir et d’attendre votre pitance, alors qu’eux-mêmes vivent dans le luxe. Est-ce que cela ne doit pas vous interpeller ? », a-t-il interrogé.

Il a cependant tenu à distinguer les responsables religieux qu’il accuse d’entretenir l’attentisme de ceux qui travaillent et contribuent à la société.

« Je félicite et j’encourage tous les prêtres, imams, pasteurs et autres responsables religieux qui font autre chose, qui travaillent. N’endormez pas notre jeunesse. Au contraire, faites-la travailler », a-t-il déclaré.

Yam Yamb-à-Musaw


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